Madame Dedonder, la pension pour inaptitude physique est le symbole même d'une législation archaïque qui repose sur l'idée dépassée qu'une décision médicale a un caractère définitif et que les malades ne peuvent être guéris et, dès lors, peuvent être définitivement mis à la retraite par l'employeur. Elle ne tient pas compte de la possibilité que des fonctionnaires malades puissent guérir. La reprise du travail est présentée comme impossible.
Cette législation ne répond aucunement aux besoins des fonctionnaires malades de longue durée. La pension pour inaptitude physique est, par définition, contraire à l'idée même de la réintégration des malades sur le marché du travail.
Vous semblez être l'une des rares personnes qui défend le maintien de ce système, dont même la Commission académique des pensions a demandé la suppression. Cela me surprend. Un changement de culture a quand même eu lieu dans les pratiques de la médecine du travail. Les fonctionnaires qui ont été mis à la porte, qui ont été mis à la retraite par leur employeur public sont dans une situation peu enviable. Pensez-vous que les fonctionnaires mis à la pension pour inaptitude physique sont vraiment mieux nantis que les contractuels en incapacité de travail qui ont le droit de se réintégrer sur le marché du travail?
C'est pour ces raisons que l'accord de gouvernement prévoit que de nouvelles entrées dans la pension pour inaptitude physique ne sont plus admises à partir du 1 er janvier 2026.
L'accord de gouvernement ne peut pas être plus clair. Nous clôturerons les entrées dans ce régime à partir du 1 er janvier 2026, avec pour conséquence son extinction complète aux niveaux fédéral, régional et local. Les notifications budgétaires qui correspondent à ce passage de l'accord de gouvernement le confirment. La question des agents qui sont entrés cette année dans un système de pension temporaire sera discutée au sein du gouvernement. Cette réforme relève de la compétence du ministre des Pensions.
En fait, nous nous trouvons devant une réforme structurelle qui peut en enclencher d'autres. En effet, la suppression de la pension pour inaptitude physique signifie que l'employeur public sera responsabilisé parce que les fonctionnaires malades resteront à sa charge. Cet employeur se rendra ainsi compte de l'importance des mesures de réintégration effective et comprendra mieux le rôle d'une politique de prévention et de bien-être au sein de son organisation. C'est exactement l'objectif que nous voulons atteindre avec cette réforme.
Le fonctionnaire ne tombe pas dans le vide lorsque l'on supprime la pension pour inaptitude physique. En effet, les employeurs publics, à chaque niveau de pouvoir, suivent des dispositions réglementaires qui prévoient une disponibilité pour maladie. Pour ce qui est des fonctionnaires fédéraux, le gouvernement fédéral passera à une assurance incapacité et invalidité, comme dans le secteur privé. Cela relève de la compétence de mes collègues de la Fonction publique et des Affaires sociales.
Par ailleurs, vous avez trouvé un cas très spécial pour illustrer votre question: un fonctionnaire qui a travaillé avec son handicap pendant 37 ans, qui, selon les anciennes règles, peut encore être mis à la retraite pour inaptitude physique à l'âge de 63 ans et qui, étant donné qu'il est reconnu lourdement handicapé, reçoit en plus de sa pension pour inaptitude physique un supplément pour handicap lourd. Je vous signale que la Commission académique a indiqué que cette mise à la retraite d'office encourt le risque d'être utilisée comme une sorte de retraite anticipée involontaire. Au sein de la fonction publique fédérale, je pense que pas mal de possibilités existent pour remédier à la situation que vous décrivez. Et je vous en donne quelques exemples.
Premier exemple. Afin de faciliter la réintégration, les fonctionnaires avec handicap peuvent prendre un congé pour prestations réduites pour un maximum de 24 mois. Un médecin de Medex détermine un pourcentage de reprise de travail progressive.
Deuxième exemple. Le télétravail est en général limité à trois jours par semaine en cas d'horaire à temps plein. Le directeur P&O peut, après demande motivée, décider exceptionnellement d'accorder le télétravail à temps plein. On peut aussi prévoir du travail adapté ou une fonction adaptée.
Tout cela nécessite surtout des modifications en matière d'organisation du travail, et non pas une mise à la retraite pour inaptitude physique.